Anita Hartig, sublime Traviata au Théâtre du Capitole

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Devant le succès rencontré par cette Traviata en ouverture de saison toulousaine, le Théâtre du Capitole a dû rajouter une séance supplémentaire le jour de la dernière. Bénéficiant d’une double distribution, la production a ainsi été jouée à 15h puis à 20h30, et nous avons - quant à nous - assisté à la matinée qui mettait à l’affiche le premier cast. Ce premier ouvrage de la saison capitoline avait aussi ceci d’important qu’il s’agissait là également du premier sous le mandat de Christophe Ghristi, et s’il ne prenait pas beaucoup de risques avec ce titre archi-connu, il y en avait cependant un à confier à Pierre Rambert, ancien directeur artistique du fameux Lido parisien, sa première mise en scène d’opéra. Un pari à moitié réussi…

Certes, cela nous vaut une production d’un esthétisme luxueux (bien que mélangeant allégrement les genres et les époques), propre à flatter l’œil du public, que ce soit grâce aux superbes décors de Pierre Fontaine que les non moins magnifiques costumes du couturier Frank Sorbier, le tout rehaussé par les somptueux éclairages automnaux réglés par Hervé Gary. Côté mise en scène, on retrouve le même principe qu’avec la Carmen genevoise du mois dernier, bien que ce ne soit cette fois pas un éventail qui ouvre et clôt le spectacle, mais un gigantesque Camélia (le livret est tiré, rappelons-le, de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas Fils). Pour le reste, la direction d’acteurs est des plus convenues, les artistes se contentant de venir délivrer leurs airs face au public, tandis que le chœur (au demeurant vocalement irréprochable) est un peu abandonné à lui-même… et aucune idée forte ou originale ne vient ici apporter un éclairage sur un ouvrage qui pourtant se prête à de multiples analyses…

En revanche, la distribution composée par Ghristi est une des meilleures que nous ayons entendues pour défendre le chef d’œuvre de Giuseppe Verdi. Dans le rôle-titre, après nous avoir transportés il y a deux ans in loco en Marguerite (du Faust de Gounod), la soprano roumaine Anita Hartig offre une incarnation exceptionnelle de Violetta : plastique magnifique, jeu poignant, voix assumant un ahurissant « Sempre libera », elle révèle ensuite des trésors de legato, ménage un « Addio del passato » bouleversant d’intensité, et sidère dans la révolte de « Gran Dio ! morir si giovane ». Une prestation à marquer d’une pierre blanche…

Découvert non moins spectaculairement la saison dernière dans une Lucia Lausannoise, le jeune ténor espagnol Airam Hernandez enchante à nouveau. Timbre éblouissant de juvénilité, souffle long, aigus faciles et sonores, phrasés d’une magnifique souplesse : tout convainc chez son Alfredo, auquel fait seulement défaut, peut-être, une plus grande aisance scénique. En Germont, l’italien Nicola Alaimo ne subjugue pas moins par sa ligne de chant exemplaire, sa musicalité hors-pair et sa prodigieuse palette de couleurs, autant de qualités qui, dans le fameux « Di Provenza il mar », procurent un énorme frisson. Enfin, du côté des comprimari, citons Catherine Trottmann qui campe une flora bien en situation, Anna Steiger qui brosse un portrait prenant d’Annina, ou encore Francis Dudziak qui confère au Docteur Grenvil une belle humanité.

Dans la fosse, le chef (baroque) George Petrou a le souci de ne pas seulement accompagner le spectacle mais de faire sonner les timbres, en restituant à l’orchestre son rôle moteur. Sa prestation est soignée mais un peu trop analytique, finissant par réduire la représentation - à l’image du travail de Pierre Rambert - à un bel objet privé de véritable âme...

Emmanuel Andrieu

La Traviata de Giuseppe Verdi au Théâtre du Capitole, le 7 octobre 2018 (15h)

Crédit photographique © Mirco Magliocca
 

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