Chronique d'album : L'Alessandro amante, de Xavier Sabata

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Vendredi dernier est paru chez Aparté le nouveau disque du contre-ténor espagnol Xavier Sabata (prochainement à Lyon dans Rodelinda) en compagnie de l’ensemble Vespres d’Arnadí dirigé par Dani Espasa. Dans cet opus, le chanteur s’intéresse à la figure historique d’Alexandre le Grand (de même que Raffaele Pe l’a fait avec Jules César), qui a inspiré pas moins d’une soixantaine d’opéras. Bien entendu, la thématique principale reste l’amour, exprimé sous différentes facettes dans les œuvres baroques sélectionnées ici.

Si le nombre important d’œuvres portant sur ce personnage peut expliquer le choix de lui consacrer un disque, ce n’en est pas pour autant l’unique raison. Dans le livret, Xavier Sabata explique :

« L’Alexandre historique fut une figure complexe, capable à la fois de la violence, de l’arrogance et de l’ambition les plus implacables, mais aussi de la générosité d’un homme qui savait reconnaître l’humanité d’un ennemi en le regardant comme son égal.
Le voyage auquel sa figure nous convie est double. Il s’agit tout d’abord d’un voyage biographique à travers batailles, conquêtes et hauts-faits. (…) Mais c’est aussi un voyage musical que nous effectuerons à travers soixante-quinze années. À cette époque, de grands changements se produisaient presque tous les vingt ans. L’opéra venait d’être inventé et en ajustant leur langage musical aux goûts d’un public de plus en plus exigeant et à des possibilités techniques de plus en plus grandes de la part des chanteurs, les compositeurs créaient des styles personnels très divers. L’Alessandro amante n’est donc en rien un portrait fidèle du personnage historique, plutôt sa réinterprétation à travers une sélection d’arias qui rassemble, en une sorte de centon, les différentes interprétations musicales de cette figure par des compositeurs de génie. »

Voilà donc en quelques mots ce que l’enregistrement nous réserve : autant d’Alexandre que d’airs, à la fois différents et pourtant similaires en un point, ils sont tous amoureux. Amant et guerrier sont donc les deux dimensions brossées ici dans des tessitures souvent distinctes, comme l’explique le livret : « le guerrier est un Alexandre soprane, l’amant un Alexandre alto ». Toutefois, si le titre du disque est emprunté au titre d’un opéra de Giovanni Antonio Boret, il en est absent, l’œuvre ayant été perdue.

Nous débutons donc ce portrait-voyage par Giovanni Battista Bononcini, laissant à l’ensemble la première impression puisque nous commençons par le prélude d’Abdolomino. « Da tuoi lumi » suit, laissant entendre la fougue amoureuse du héros. D'emblée, la prononciation est excellente, et le contre-ténor fait montre d’une certaine pyrotechnie vocale, comme avec ces nombreuses trilles qui parsèment le disque. Toutefois, bien que riche, la partition n’est jamais trop chargée et permet à l’auditeur de suivre les émotions variées, comme lors du changement de ton entre le premier titre et le second, « Se possono tanto », extrait de Poro, re dell’Indie de Haendel. Le fait de regrouper les titres par compositeurs permet par ailleurs de distinguer leur signature musicale et de mieux comprendre la façon dont chacun s’est approprié le personnage d’Alexandre le Grand. Nous passons ainsi de noms connus, tels que Haendel, Mancini, Porpora ou Leonardo Vinci, à d’autres moins ancrés dans les mémoires, comme Pescetti ou Bononcini, seul compositeur à être présent deux fois avec Mancini (dont l’air et l’œuvre musicale ont été séparés ici). L’accompagnement de l’ensemble Vespre d’Arnadi et la direction de Dani Espasa rendent parfaitement les caractères personnels propres à chaque partition, selon l’émotion choisie et la plume qui en est à l’origine.

Enfin, le livret donne une belle explication du projet ainsi que quelques mots sur le choix des œuvres signés par Xavier Sabata, deux photos de l’enregistrement mais aussi, et surtout, les textes des œuvres traduits en italien, français et anglais avec l’indication du nom du personnage l’interprétant. Nous voyons alors naître des portraits dressés par des tiers du héros en plus des confessions du héros lui-même.

Un beau disque qui dresse ainsi un portrait intéressant d’Alexandre le Grand porté par la voix du célèbre contre-ténor Xavier Sabata.

Elodie Martinez

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